Devoirs à la maison : Comment éviter les crises ?

C’est un passage obligé, qui se termine parfois en crise de nerfs. Parents et tuteurs nous racontent ce qu’ils ont mis en place pour dépasser les blocages de leurs enfants et faire des devoirs à la maison un moment serein.

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Calme et sang-froid

« Une fois sur deux, il s’énerve. » Enzo est en classe de CE1. Et s’il y a bien une chose qu’il déteste, ce sont les devoirs à la maison. Alors, quand vient l’heure de réviser ses leçons, il y va à reculons. « Il dit que ça le saoule, qu’il ne veut pas les faire, il gomme n’importe comment quand il rate… À chaque fois, on y passe des heures, il crie, et je fais tout pour rester calme », déplore Charlène, sa maman, qui rêverait d’une fin de journée plus apaisée, « surtout quand on a huit heures de boulot dans les jambes ». Si en théorie son fils ne devrait pas avoir de devoirs écrits puisqu’il est en primaire, il rentre quotidiennement de l’école avec une liste bien fournie d’exercices. « Rien que le week-end dernier, il avait cinq mots à apprendre, de la lecture, un exercice de grammaire, un autre d’orthographe, une dictée à préparer et un texte à trou à compléter… »

Alors, pour rendre ce moment aussi fluide que possible, Charlène et son compagnon Sylvain ont mis en place quelques stratégies. À commencer par fragmenter le temps d’apprentissage : « On essaie dans la mesure du possible de fractionner les devoirs, pour que ça ne prenne pas plus de 10 ou 15 minutes d’un coup. Par exemple, on fait toujours la poésie à part. C’est plus facile pour la concentration. » Ils ont aussi pris l’habitude de dédramatiser l’échec, pour qu’Enzo ne se braque pas quand il se trompe. « On lui montre que ça arrive de rater un exercice, que ce n’est pas plus grave que ça, que le principal c’est de réussir à identifier ses erreurs pour mieux les corriger. On l’amène à réfléchir pour qu’il trouve les réponses par lui-même », abondent les parents du petit garçon, qui n’hésitent pas à se passer le relais pour éviter de perdre patience lorsque les échanges avec Enzo se crispent.

Les parents face aux devoirs

Quel est le rôle des parents dans ce moment tant redouté mais incontournable du parcours scolaire ? Cette question, Laura Morandeau, professeure des écoles, lui a consacré un chapitre de son mémoire de recherche. Elle soutient que l’attitude des parents face aux devoirs à la maison de leurs enfants contribue « au développement et à l’investissement de ces derniers dans leur “métier” d’élève. De plus, cela permet de valoriser l’école et de montrer aux enfants que ce qu’ils y font a de l’importance ». Une vision qui n’est pas si éloignée de celle des parents d’Enzo. « On s’assure que les devoirs sont faits en temps et en heure, poursuit Charlène. C’est une manière de l’accompagner dans ses apprentissages sans le forcer non plus, pour éviter de créer un blocage. On lui fait comprendre qu’apprendre et bien travailler c’est important, que les devoirs servent à consolider ce qu’il a vu avec la maîtresse. Et ça nous permet simultanément d’être au courant de ce qu’il fait en classe, car il ne nous dit rien sinon. »

Lors de la réunion de prérentrée à l’école d’Enzo, les institutrices et la directrice ont demandé aux parents qui le peuvent d’être présents pour leurs enfants, assurant que les devoirs sont un moment de partage et de transmission. Accompagner veut-il pour autant dire corriger ? « On a du mal à laisser des erreurs intentionnellement, avoue Charlène. On ne veut pas que la maîtresse ait l’impression qu’on laisse des fautes parce que l’on s’en fiche. Je me dis qu’à cet âge-là, les devoirs reflètent l’investissement des parents. Quand Enzo sera un peu plus grand, et aura acquis une certaine maturité, on pourra superviser de loin ». Un réflexe qui n’est pas forcément le bon, selon la psychologue Audrey Akoun, qui, dans une interview accordée au Parisien, rappelle que le parent ne peut se substituer à l’enseignant. « Si le parent est bienvenu pour aider l’élève dans ses recherches, il ne doit pas passer derrière lui et corriger à la place du prof » qui a ses propres méthodes pédagogiques, au risque d’embrouiller l’enfant.

Se délester du poids des devoirs

Certains parents, quand ils en ont les moyens financiers, préfèrent alors laisser cette tâche à des tuteurs ou à des professeurs particuliers. Émilie, 22 ans, intervient par exemple auprès de jeunes collégiens pour du soutien scolaire en Anglais. Elle est étudiante en parallèle : « J’aide mes élèves à réviser et à préparer leurs contrôles quand ils en ont besoin, en leur faisant faire des exercices en condition d’examen. Le reste du temps, je les entraîne à la compréhension orale et écrite. » La jeune femme rappelle cependant qu’elle n’a pas vocation non plus à remplacer le corps enseignant. « Je ne suis là qu’en soutien, pour appuyer le cours de la prof. J’approfondis et complète un travail qui est normalement déjà fait en classe. Les parents vont me dire chaque semaine ce que l’élève a vu à l’école, et j’imagine des cours en fonction, dans des formats différents de ce qu’ils ont l’habitude de faire. Par exemple, un de mes élèves adore la mode. Donc je lui fais regarder des vidéos de relooking et je lui demande de les commenter en anglais, en mobilisant le vocabulaire qu’il a appris en classe. »

Une manière ludique, qui permet, selon la jeune fille, de désamorcer les blocages potentiels et de réconcilier certains élèves avec l’apprentissage. Certaines écoles proposent aussi des dispositifs d’aide aux devoirs payants. Margaux 11 ans, en a bénéficié. Son père Stéphane l’a inscrite à l’étude quand elle était en primaire. « Initialement, c’était surtout parce que je rentrais tard du travail. Mais elle y a appris à faire ses devoirs seule. Aujourd’hui, elle est assez grande pour rentrer à la maison directement après les cours. Quand je la retrouve le soir, je lui demande simplement si les devoirs sont faits. Je ne passe jamais derrière elle pour vérifier ou corriger. » Une autonomie qui convient aux deux et permet de parler d’autre chose quand ils se retrouvent le soir.

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