Mon enfant a peur du noir : comment le rassurer ?

Le soir, au coucher, c’est toujours la même rengaine. Inquiétés par le noir, les enfants refusent d’aller au lit et trouvent tous les prétextes pour retarder le moment du coucher. Pourquoi les enfants sont-ils angoissés par le noir ? Comment les rassurer et comment prévenir leurs peurs ? Conseils de Victoria Séroussi, psychologue clinicienne, et témoignages de parents.

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Rédaction SoPress

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L'inconscient et l'imagination des enfants

« Au coucher, Violette se crée des peurs associées au méchant dans un dessin animé ou au loup dans un livre. Je la laisse se confier et je la rassure pour qu’elle se sente en sécurité », confie Aurore, sa maman. Comme la petite fille, nombreux sont les enfants qui craignent la nuit que des monstres surgissent de leur placard, que des loups viennent les dévorer ou encore que des sorcières viennent leur jeter des sorts. « L’inconscient et l’imagination vive des enfants leur jouent des tours. Derrière la peur de l’obscurité se cache la plupart du temps, la peur de la séparation avec les parents. En général, dormir avec ses parents dans le noir ne pose pas problème », explique Victoria Séroussi, psychologue clinicienne au Cabinet Carnot à Levallois-Perret.

Très courante chez l’enfant, la peur du noir, appelée nyctophobie, apparaît en moyenne entre trois et quatre ans et peut durer plusieurs années. En général, elle se manifeste par le refus de dormir seul, l’anxiété, les crises, des prétextes pour retarder le moment du coucher ou des symptômes physiques comme le mal de ventre ou les tremblements.

Alors, comment gérer et guérir cette peur ? Victoria Séroussi conseille de commencer à installer une ambiance de calme et de repos dans la maison vingt minutes avant le coucher, comme parler à voix basse, baisser les lumières ou stopper tous les stimuli (jeux de logique, musique, écrans, etc.) qui pourraient exciter l’enfant. « On peut aussi instaurer un rituel de coucher rassurant commençant par se brosser les dents, choisir les habits pour le lendemain, lire une histoire, faire un câlin, etc. Tout ça en s’adaptant à la personnalité et à l’âge de l’enfant », ajoute-t-elle. Selon la psychologue clinicienne, il est tout aussi important de rassurer son enfant sur la présence des parents dans la maison comme d’être à l’écoute de ses craintes. « Je ne préconiserais pas de faire le tour de la chambre pour vérifier qu’il n’y a pas de monstre, car ça rend réel leur existence. Et si un jour le parent ne le fait plus, l’enfant risque d’être inquiété », précise-t-elle. Par ailleurs, si la nyctaphobie apparaît chez la plupart des enfants, il est possible de la prévenir en habituant l’enfant à jouer seul dans sa chambre de temps en temps la journée. « L’idée est de favoriser cette solitude pour qu’elle soit appréciée et non associée à une punition ou à une séparation » étaye Victoria Séroussi.

Des livres pour apaiser la peur du noir

C’est bien le problème de la petite Violette, 5 ans, qui « depuis quelque temps redoute de plus en plus le coucher, car elle comprend que c’est le moment où elle se retrouve toute seule dans sa chambre », avoue Aurore, sa maman. Tous les soirs, la petite fille se relève plusieurs fois et trouve n’importe quel subterfuge pour repousser l’heure du sommeil. « Elle se plaint d’avoir mal partout alors qu’elle allait très bien la journée ou elle réclame d’aller aux toilettes toutes les dix minutes », énumère Aurore. Pendant que la lumière du couloir reste allumée, les parents ont trouvé des routines de coucher apaisantes pour leur petite. Avec eux, Violette fait tourner sa « roue des rêves » ou joue avec sa cocotte en papier, tombant sur un câlin, un bisou ou un moment de la journée à raconter. Après quoi, ses parents lui proposent d’essayer de s’endormir tranquillement en lui promettant de revenir 15 minutes plus tard. La plupart du temps, ça fonctionne, la petite tombe dans les bras de Morphée. Mais parfois, le coucher s’avère être un vrai combat pour lequel les parents redoublent d’imagination : ils lui proposent des exercices de respiration ou lui lisent un livre racontant l’histoire d’un petit garçon, effrayé par le noir, qui apprend à comprendre sa peur et à la contenir.

« J’essaie de faire en sorte qu’elle se sente bien dans sa chambre et dans son lit, d’en faire un cocon rassurant, avec tous ses doudous réconfortants », ajoute Aurore. Aller voir un psy ou un pédiatre pour régler cette nyctaphobie ne lui a même pas traversé l’esprit. « Je pense que c’est un cap à passer. La peur du noir chez mon aîné a disparu avec le temps. Alors, je me dis que ce sera pareil pour Violette », espère la maman.

Rituels de relaxation et de respiration

Chez Gabin, les premiers symptômes de la peur du noir sont apparus dès ses 16 mois. « C’était impossible de le laisser seul dans sa chambre le soir, il pleurait en permanence. Il n’arrivait à s’endormir que quand on restait à côté de lui », remet Anne, sa maman. Au coucher, c’est le « loup » caché dans la pénombre qui l’effrayait, en plus de la peur d’être séparé de ses parents. Anne est une oreille attentive, écoutant son enfant se confier : « Je n’ai jamais nié ses peurs, je les entends à chaque fois. Les exprimer, sentir qu’on ne les juge pas et qu’on cherche des solutions pour l’aider ne peut que lui faire du bien. » Le petit garçon réclamant de la lumière, ses parents ont exécuté : ils ont installé une veilleuse, fixé des étoiles phosphorescentes au plafond et adopté la stratégie de la porte ouverte éclairée par la lumière du couloir pour tenter de le rassurer. Preuve que cela ne suffisait pas au début, Gabin ne fermait toujours pas l’œil sans ses parents à son chevet.

Conseillés par une psychologue et une spécialiste en médecine traditionnelle chinoise, ils ont alors mis en place au coucher des rituels de relaxation et de respiration puis des techniques de massage au niveau du bas du dos et des bras. « Plus tard, Gabin a été traumatisé par la piqûre d’un poisson dans l’océan. La nuit, il avait peur qu’un poisson vienne l’attaquer sous sa couette. Pour apaiser sa peur, il a fait trois séances avec une hypnothérapeute. Ça a bien fonctionné », raconte Anne. La spécialiste a demandé au petit garçon de cinq ans d’inventer lui-même au coucher son propre monde imaginaire où il pourrait s’évader. Depuis, ses parents n’ont plus besoin de veiller à côté de lui le temps qu’il s’endorme. Reste que sa porte demeure ouverte, histoire d’être « rassuré qu’aucun voleur ne passe par là ».

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