« Et si j’étais ministre des Sports ? »

D’un côté, Coraline Bergeron en para badminton. De l’autre, Lauren Rembi en épée. Les deux athlètes se sont prêtées à un petit exercice de politique-fiction : quelles seraient, si elles devenaient ministre des Sports, les trois premières mesures qu’elles prendraient pour accélérer la féminisation du sport dans tout le pays. Voici leurs réponses.

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Rédaction SoPress

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1re mesure

Coraline Bergeron : « Sensibiliser dès le plus jeune âge »

En premier lieu, il s’agit de lancer une vaste campagne de communication concernant l’ensemble des disciplines et activités sportives. Trop souvent, les femmes s’interdisent de se lancer dans tel ou tel sport. Il est temps de les sensibiliser et de les décomplexer. Pour cela, il faut déjouer les idées reçues, sortir du carcan « remise en forme et bien-être ». Le yoga et les cours de Pilates, c’est très bien, mais cela ne doit pas être le seul horizon des femmes sportives. Il y a aussi le rugby, la boxe, la lutte, que sais-je… Les femmes ne doivent se limiter à aucune discipline sportive. Et pour réussir cette politique, cette campagne de promotion et de sensibilisation doit s’adresser, en premier lieu, aux plus jeunes. C’est à l’école et dans le milieu familial que ce message doit passer en priorité.

Lauren Rembi : « Promouvoir la parité et instaurer plus de confiance »

Le manque de parité dans l’encadrement sportif me semble problématique. S’il y avait plus de femmes chargées de l’entraînement dans les clubs, que ce soit en loisir ou pour la compétition, ce serait un levier important pour accélérer la féminisation du sport. Car nombreux sont les parents qui hésitent à laisser leurs filles intégrer une association sportive par manque de confiance envers l’encadrement masculin. S’il y avait davantage de mixité, cet obstacle serait levé. Le monde sportif n’est pas plus touché que d’autres milieux par des cas de pédocriminalité, mais la crainte n’en est pas moins là. C’est une inquiétude légitime et qu’il faut davantage prendre en compte.

2e mesure

C.B : « Prendre mieux en compte la charge mentale »

Outre cet axe important autour de la communication, il est essentiel de ne plus ignorer la « charge mentale » qui pèse sur les femmes. Surtout quand elles ont des enfants. Si l’activité physique se limite à 15 minutes de stretching, car elles n’ont pas plus de temps à y consacrer après la sortie d’école, nous n’allons pas nous en sortir ! Il serait important que les associations sportives, comme les clubs, imaginent des horaires mieux adaptés à leur rythme de vie. L’ensemble du monde sportif doit davantage prendre en compte ce déséquilibre dans la gestion familiale entre les hommes et les femmes. C’est un levier majeur si l’on veut augmenter la fréquence de la pratique sportive chez nos concitoyennes. Pratique sportive, je le rappelle, qui est aussi un enjeu de santé publique.

L.R : « Plus d’égalité dans la pratique sportive »

La pratique sportive en France est trop souvent le reflet du milieu social auquel nous appartenons. Ainsi, au regard du reste de la société, les couches de la population les plus défavorisées ont un accès moindre aux différentes activités physiques. Pour réduire ces inégalités, le nerf de la guerre serait un soutien financier bien plus important en faveur des clubs présents dans ces quartiers. Quand une famille a du mal à joindre les deux bouts, inscrire ses enfants – et notamment les filles – au sport n’est malheureusement pas une priorité. Payer une licence, puis le matériel propre à la discipline, représente, pour de nombreuses familles, une dépense difficile à assumer. Et même si cela n’est que de l’ordre de 100 euros… Il s’agirait donc d’investir largement pour permettre à toutes les classes sociales d’avoir le choix de se lancer dans tel ou tel sport, sans que les contraintes financières interdisent certaines pratiques.

3e mesure

C.B : « Ne plus opposer maternité et carrière de haut niveau »

Je me concentrerai, enfin, sur le sujet – trop souvent minimisé – de la maternité chez les sportives de haut niveau. Une question qui ne se pose aucunement chez leurs homologues masculins… Nombreuses sont les athlètes confrontées à ce dilemme. Privilégier sa carrière sportive ou son désir d’enfant ? Un tel choix cornélien ne devrait pas se poser. Il y a, aujourd’hui, beaucoup trop d’incertitudes, de craintes ou d’absence de communication. Les instances nationales doivent faciliter grandement la reprise du sport de haut niveau, à la suite d’une maternité : accès à un maximum d’informations, soutien financier solide, encadrement compétent pour retrouver au plus vite son niveau de performance, etc.

L.R : « Promouvoir tous les sports à l’école »

L’école a un rôle majeur à jouer dans la promotion de l’activité physique chez les enfants, et d’autant chez les jeunes filles qui sont parfois plus en retrait. Et ce dans la mesure, où le milieu scolaire est, en général, la première porte d’entrée aux différentes disciplines sportives. Il est donc essentiel d’élargir au maximum l’offre de sports au sein des différents établissements éducatifs. On ne peut pas se contenter de faire courir les écoliers dans la cour de récréation. Cela n’a rien de ludique et ce n’est pas ça qui va susciter de l’envie pour la dépense physique. Et même pour l’athlétisme ! Heureusement, je constate que les choses changent. Les partenariats entre les clubs et l’Éducation nationale se multiplient. Il faut accélérer ce mouvement, accorder bien plus d’heures à l’EPS et faire découvrir aux plus jeunes le maximum de disciplines sportives.

Envie de prolonger la lecture ? Retrouvez l'interview croisée de Lauren Rembi et Coraline Bergeron dans le numéro 2 du magazine Vous! par Macif : c'est ICI.

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